Pour l’ancien ambassadeur de l’UE à Ankara, la chancelière allemande et ses partenaires, avec une CDU en difficulté, ne peut pas se permettre de terminer son mandat sur une crise avec la Turquie.
Marc Pierini
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}Poutine s'est dit qu'il pouvait abattre son jeu maintenant sans grand risque. Et comme la réaction occidentale a été très molle, il va aller un cran plus loin.
Source: Le Nouvel Observateur
Après la grande manifestation de dimanche qui a rassemblé plus de 200.000 pro-européens à Kiev et avant la rencontre entre le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, et Vladimir Poutine, la politologue russe Lilia Chevtsova décrypte la stratégie du Kremlin. Interview.
Il y a de multiples raisons, mais la plus importante est méconnue : reprendre l'Ukraine, c'est, pense-t-il, assurer sa survie politique et celle de son clan.
Depuis deux ans, il a repris l'antienne nationaliste : menacée par des puissances étrangères, la Grande Russie doit se défendre. Comment ? En devenant plus grande encore. D'où son idée d'une alliance eurasiatique, sorte de revival de l'Union Soviétique dont il est, comme beaucoup de Russes, un grand nostalgique. Mais pour l'instant, seuls le Kazakhstan et la Biélorussie ont accepté d'en faire partie. Ce n'est pas suffisant pour la rendre crédible. A cette alliance, il manque un joyau : l'Ukraine. Voilà pourquoi celle-ci ne doit en aucun cas se rapprocher de l'Union européenne. L'en empêcher est désormais au cœur de la stratégie de Poutine.
Evidemment. Le complexe militaro-industriel russe a de gros intérêts en Ukraine d'où proviennent un grand nombre de pièces détachées, des moteurs notamment. Ce n'est pas un hasard si le vice Premier ministre chargé des industries de l'armement, Dmitri Rogozin, a effectué plusieurs missions à Kiev récemment. Les oligarques du clan Poutine ou liés à lui voudraient, eux, mettre la main sur quelques joyaux de l'économie ukrainienne, dont les mines. Enfin, il y a, comme toujours, ces terres agricoles si riches que la Russie aimerait bien exploiter à son profit. N'oublions pas non plus les raisons géostratégiques. Si l'Ukraine se détache de l'orbite russe, cela signifie, pour le Kremlin, une modification de son périmètre de sécurité.
C'est la grande question. Remarquez qu'il a avancé son pion ukrainien à un moment géopolitique bien précis : quand Obama et les leaders occidentaux se sont montrés faibles et hésitants sur la scène internationale, en Syrie ou en Iran. Le chef du Kremlin s'est dit qu'il pouvait abattre son jeu maintenant sans grand risque. Et comme la réaction occidentale a été très molle, notamment du côté de l'Union européenne, il va, je pense, aller un cran plus loin. Il va dire à Ianoukovitch qu'il est prêt à aider l'Ukraine à sortir de son marasme économique (qui pourrait se transformer en crise humanitaire dans quelques mois) à une condition : que le président ukrainien mette un terme aux manifestations à Kiev, à ce "désordre" qui pourrait faire tache d'huile à Moscou. Autrement dit, on peut s'attendre dans quelques jours ou semaines à une vague de répression en Ukraine.
Cet article a été initialement publié sur le site du journal Le Nouvel Observateur.
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Pour l’ancien ambassadeur de l’UE à Ankara, la chancelière allemande et ses partenaires, avec une CDU en difficulté, ne peut pas se permettre de terminer son mandat sur une crise avec la Turquie.
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