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Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center

L’économie tunisienne: Une situation morose et des promesses peu crédibles

Dix huit mois après la révolution de Jasmin et six mois après que les islamistes d'Ennahda ont été portés au pouvoir à la suite des élections législatives, l'économie tunisienne peine à se redresser et à retrouver le chemin de la croissance.

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Par Lahcen Achy
Publié le 27 avr. 2012

Source: Les Echos

Dix huit mois après la révolution de Jasmin et six mois après que les islamistes d'Ennahda ont été portés au pouvoir à la suite des élections législatives, l'économie tunisienne peine à se redresser et à retrouver le chemin de la croissance. L’année 2011 s’est soldée sur une contraction du produit intérieur brut de 1.8%. 

Il est peut être facile d’attribuer la responsabilité de cette  performance médiocre au gouvernement actuel pour son manque d’expérience dans la gestion des affaires publiques. Toutefois, objectivement, les défis posés au gouvernement conduit par le parti Ennahda sont complexes.

A l’échelle nationale, la révolution a fait naître chez les Tunisiens d’immenses anticipations  économiques et sociales. La montée vertigineuse de la grogne sociale et des grèves des travailleurs dans tout le pays illustre l’intensité des frustrations et l’ampleur des attentes.

Sur le plan régional, la situation d’instabilité en Libye génère un impact négatif sur l'économie tunisienne qui, des décennies durant, s’est appuyée sur son voisin plus riche et moins peuplé pour les emplois et en tant que marché lucratif pour ses exportations. Enfin, le ralentissement économique dans la zone euro, principal partenaire commercial de la Tunisie, a également exacerbé la crise économique tunisienne. Les dernières prévisions du FMI indiquent que l’année 2012 serait une année de contraction des économies de la zone euro.

Afin de faire face à ce contexte économique difficile, le gouvernement tunisien a adopté un projet de budget rectificatif pour l’année 2012. Il a également présenté son programme pour 2012 dans le but de répondre aux aspirations de la population.

Dans son programme, le gouvernement tunisien annonce un plan de réforme en deux phases : une première phase de reprise en 2012 suivie d’une phase de relance de la croissance à partir de 2013. En 2012, le gouvernement a opté pour une politique de budgétaire expansionniste qui met l’accent sur le développement régional et la création d'emplois supplémentaires dans le secteur public.

Le gouvernement s’est fixé un objectif de croissance économique de 3,5 pour cent en 2012. Ce chiffre reste assez modeste, compte tenu à la fois de la contraction de l'économie tunisienne de 1,8 pour cent en 2011 et au vu de l’augmentation des dépenses publiques de 22 dans le budget rectificatif de 2012 comparé à celui de 2011.

Le budget rectificatif de 2012 fait appel à des sources de financement exceptionnelles. Il s’agit de 800 millions de dollars d’actifs confisqués aux proches du régime déchu  et de 600 millions de dollars prélevés sur les recettes de la cession par le gouvernement de sa part dans Tunisie Télécom en 2006. Le gouvernement a également lancé un appel de solidarité en direction de tous les Tunisiens dans le pays et à l'étranger avec l’objectif de recueillir la somme de 300 millions de dollars. Enfin, le gouvernement prévoit la mobilisation de 400 millions de dollars de dons provenant de l’étranger.

Le déficit budgétaire devrait passer à 6,6 pour cent du PIB en 2012 contre 3,7 pour cent en 2011 du principalement à une hausse de 20 pour cent des dépenses courantes. En effet, le gouvernement s’engage de créer 25.000 nouveaux postes dans la fonction publique, ce qui aura comme conséquence de gonfler la facture salariale estimée à 12,5 pour cent du PIB et de créer davantage d’espérance d’emploi public chez les jeunes en quête d’emploi. 

En mettant de côté les sources de financement exceptionnelles, le déficit budgétaire atteindrait 12 pour cent du PIB en 2012 et non 6,6 pour cent. Il est clair que le gouvernement sera contraint de réduire le rythme de dépenses au cours des années à venir au risque de voir grimper la dette publique. 

Il est très improbable dans ce contexte que le gouvernement puise ramener le déficit budgétaire à 3 pour cent du PIB et de limiter l’endettement public à 40 pour cent du PIB à l’horizon 2016. Les objectifs affichés en matière de croissance et qui visent un taux de 7 pour cent en 2015 et 8 pour cent à l’horizon 2017 semblent également être des vœux pieux.

Même si le gouvernement actuel tire sa légitimité des urnes, son mandat limité d’un an en fait un gouvernement de transition. Cette situation particulière le contraint à opter pour des politiques expansionnistes afin de satisfaire de larges segments de l’électorat. Les réformes structurelles indispensables mais dont les résultats ne peuvent se matérialiser dans l’immédiat sont pour le moment reportées. Or, ce sont exactement les réformes structurelles dont la Tunisie a besoin pour se mettre la voie de la croissance soutenue et de la création d'emplois viables.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.

À propos de l'auteur

Lahcen Achy

Former Nonresident Senior Associate, Middle East Center

Achy is an economist with expertise in development, institutional economics, trade, and labor and a focus on the Middle East and North Africa.

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Carnegie ne prend pas de positions institutionnelles sur les questions de politique publique ; les points de vue exprimés ici sont ceux de l'auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Carnegie, de son personnel ou de ses administrateurs.

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