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Le leadership russe serait sérieusement déçu par Assad

Que souhaite vraiment Moscou à travers les négociations avec les acteurs de la crise syrienne ? Quelle est sa marge de manœuvre vis-à-vis des autres protagonistes ?

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Par Nikolay Kozhanov
Publié le 28 août 2015

Source: L’Orient Le Jour

Après avoir accueilli les discussions entre le régime syrien et l'opposition tolérée, Moscou a récemment multiplié les rencontres diplomatiques avec les différents protagonistes de la crise syrienne, dont les États-Unis et l'Arabie saoudite. Fin juin, le président russe Vladimir Poutine avait lancé l'idée d'une large coalition comprenant notamment la Turquie, l'Irak, l'Arabie saoudite, mais aussi l'armée régulière de Bachar el-Assad, pour combattre de manière plus efficace le groupe État islamique (EI) en Syrie. Malgré le refus de Riyad de participer à cette coalition, Moscou persiste dans sa volonté de jouer les médiateurs pour trouver une issue à la crise syrienne, et certains analystes s'interrogent sur sa volonté de négocier un départ du président syrien Bachar el-Assad. Que souhaite vraiment Moscou à travers ces négociations ? Quelle est sa marge de manœuvre vis-à-vis des autres protagonistes ? L'Orient-Le Jour a interrogé Nikolay Kozhanov, chercheur associé au Centre Carnegie de Moscou.

Q: Pourquoi Moscou multiplie-t-il les négociations avec les acteurs de la crise syrienne depuis plusieurs semaines?

Avec ces négociations, la position de Moscou vis-à-vis de la Syrie n'a pas changé. Les intérêts principaux de Moscou, et des autres puissances extérieures au conflit, sont bien sûr de mettre fin à la guerre en Syrie. Mais le problème se pose différemment pour Moscou. Les Russes tentent d'abord de voir comment amener les forces syriennes à la table des négociations, puis ils aborderont la question de la lutte contre les jihadistes de l'EI.

Q: Les Russes seraient-ils prêts à abandonner leur allié Bachar-el Assad?

Jusque-là, il n'y a aucun signe montrant que Moscou est prêt à abandonner Assad. Mais les autorités russes disent qu'elles soutiendraient n'importe quelle décision du peuple syrien en ce qui concerne le destin d'Assad. Cela dit, Moscou ne va pas arrêter de soutenir le régime. Et (si un plan se dessinait sans Assad) les Russes demanderaient probablement des garanties sur ce que serait « l'après-Assad ». Ensuite, ils veulent également des garanties que tout sera entrepris pour que l'EI soit éliminé. Voilà deux points cruciaux pour les Russes. Ils ne veulent pas que les scénarios libyen ou irakien se répètent, ni que Bachar el-Assad subisse le même sort que Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein.

Q: Qu'en est-il des rumeurs qui circulent concernant les relations entre Poutine et Assad, qui ne seraient plus si cordiales?

Je n'ai aucun indice sur ceux qui font circuler ces rumeurs. Mais certains politiciens à Moscou laissent entendre que le leadership russe serait sérieusement déçu par Assad. Les Russes veulent amener toutes les parties crédibles autour de la table des négociations, mais ils se rendent compte que Bachar el-Assad ne veut pas négocier.

Cet interview a été initialement publié sur le site internet de L'Orient-Le Jour.

Nikolay Kozhanov
Former nonresident scholar, Foreign and Security Policy Program, Moscow Center
Nikolay Kozhanov

Carnegie ne prend pas de positions institutionnelles sur les questions de politique publique ; les points de vue exprimés ici sont ceux de l'auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Carnegie, de son personnel ou de ses administrateurs.

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