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Dans les médias

La Révolution du Caire est un Sérieux Avertissement pour les Mollahs

Si l’Iran veut revendiquer sa place de nation sérieuse, son gouvernement ne peut pas se dispenser d’écouter l’ensemble de sa population.

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Par Shahram Chubin
Publié le 21 févr. 2011

Source: Le Temps

La Révolution du Caire est un Sérieux AvertissemenDans l’euphorie du réveil qui a suivi la relativement peu sanglante révolte du Caire, où la perspective d’un régime modéré et pacifique et d’une transition démocratique demeure intacte, la question est posée: pourquoi ce modèle ne pourrait-il être répliqué ailleurs? D’autres «Etats sécurisés» peuvent-ils devenir démocratiques? L’euphorie, malheureusement, peut s’avérer prématurée.

Certes, l’armée égyptienne n’a pas voulu intervenir, ni répandre le sang. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle est d’accord de renoncer à ses privilèges économiques et sociaux pour retourner tranquillement dans ses casernes. Et si les intentions de l’armée sont opaques, celles des autres classes de la société égyptienne le sont tout autant. Ouvriers, paysans, fonctionnaires, professionnels, étudiants: on attend toujours qu’ils s’expriment sur le genre de gouvernement et de société qu’ils souhaitent.

Les défis, pour l’Egypte, se situent dans l’avenir, et l’unité qu’on observe aujourd’hui va inévitablement déboucher sur d’âpres négociations pour définir un ordre nouveau et inclusif.

En Iran, la situation est quelque peu différente. Une appréciation objective de la situation révèle une société profondément polarisée. En partie délibérément fragmentée par la volonté du régime. Mais il est probable que les Iraniens soient aussi véritablement divisés sur le genre de système social et/ou politique qu’ils souhaitent, ainsi que sur la place de la religion dans ce système. Ainsi, alors que l’Egypte pourrait quitter les rangs des «Etats sécurisés», l’Iran pourrait les rejoindre. Maintenant, retournons un peu en arrière pour expliquer cet argument.

Durant ces trente dernières années, le fragile consensus sur la révolution iranienne s’est érodé. Il y a quinze ans, l’élection d’un président réformiste très populaire l’a bien montré. Puis, il y a une dizaine d’années, les opposants à la réforme, les tenants de la ligne dure et conservatrice, ont commencé à manipuler le système électoral, spécialement là où la législature se trouvait entre les mains du Conseil des Gardiens de la Constitution. En 2000, 2002 et 2004, la fraude a été évidente, même pas déguisée.

Toutefois, la dernière la fraude électorale flagrante a été commise lors de l’élection présidentielle de juin 2009. Le régime a commis un hara-kiri politique en mentant à la population, puis en faisant la démonstration de son mépris à son égard par le biais d’une répression vicieuse des manifestations pacifiques dont le seul slogan était: «Où est mon vote?» Ce faisant, le régime a perdu le dernier vestige de légitimité dont il se réclamait, c’est-à-dire le soutien populaire.

Certes, il existe d’autres formes de légitimité, pâles substituts de la réalité: la Chine peut se targuer d’une forme de «légitimité de la performance» en se fondant sur sa croissance économique et sur l’amélioration du sort du citoyen chinois moyen. Mais ce genre de légitimité est fragile et réversible. Et le régime iranien ne peut pas revendiquer une performance économique comparable. Le gouvernement actuel est en train de faire quelque chose de plus cynique. A la lumière des dissensions iraniennes évoquées plus haut (une estimation grossière donnerait quelque 70% de la population en faveur du changement et 30% pour l’actuel pouvoir), le régime prend pour cible ses ennemis et récompense ses électeurs.

Au lieu de rechercher un système inclusif et représentatif de toutes les tendances, il réduit sa base en distribuant des subsides et des privilèges à ses supporters tout en écrasant ses détracteurs. Ce faisant, il se rend de plus en plus dépendant de ses services de sécurité et de renseignement, et des hommes de main sponsorisés par l’Etat. En résumé, il va dans la mauvaise direction, une direction exactement inverse de celle que prend l’Egypte.

Le président turc Abdullah Gül se trouvait à Téhéran lors des importantes manifestations du 14 février. Il a sèchement fait remarquer: «Parfois, on voit que lorsque les dirigeants et les responsables politiques d’un pays ne font pas attention aux revendications du peuple, c’est le peuple lui-même qui entre en action pour satisfaire ses exigences.» Si l’Iran veut revendiquer sa place de nation sérieuse, son gouvernement ne peut pas se dispenser d’écouter l’ensemble de sa population. Et il doit cesser de prétendre qu’il sait mieux qu’elle. L’observation des événements de ces trente dernières années indique qu’il ne suit absolument pas le bon chemin.

À propos de l'auteur

Shahram Chubin

Chercheur Associe Non-resident, Programme de politique nucleaire

Les recherches de Chubin, qui est basé à Genève, se concentrent sur la non-prolifération, le terrorisme, et la sécurité au Moyen-Orient. Entre 1996 et 2009 il était Directeur des études au Centre de Politique de Sécurité à Genève en Suisse.

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Shahram Chubin
Chercheur Associe Non-resident, Programme de politique nucleaire
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Carnegie ne prend pas de positions institutionnelles sur les questions de politique publique ; les points de vue exprimés ici sont ceux de l'auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Carnegie, de son personnel ou de ses administrateurs.

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