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Source: Getty

Dans les médias
Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center

Maroc : la sécheresse menace la croissance et impose des réformes agricoles

La croissance économique au Maroc en 2012 ne dépasserait pas 2,5 %, selon certaines prévisions, en raison des conditions climatiques défavorables que connaît le pays et de leur impact sur le secteur agricole.

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Par Lahcen Achy
Publié le 20 mars 2012

Source: Les Echos

Ces prévisions, si elles se réalisaient, seraient un véritable revers pour le gouvernement dirigé par le Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui avait promis à ses électeurs une croissance de 7 pour cent, qu’il avait revue à 5,5 pour cent au titre du programme gouvernemental sur lequel il s’était engagé avec ses alliés et qui lui avait valu la confiance du Parlement. Le Parti s’était par la suite embarqué dans une nouvelle révision à la baisse de l’objectif de croissance, en le ramenant à 4,2 pour cent lors de la présentation du projet de la loi de finances de l'année en cours.

S’il est vrai que le PJD n’est en rien responsable des conditions climatiques défavorables, il est néanmoins tenu de rendre compte des promesses faites aux électeurs puis aux élus au Parlement et de prime abord semblaient trop optimistes. Le phénomène de la sécheresse au Maroc est devenu beaucoup plus fréquent et aucune région du pays n’y échappe. Au cours des deux dernières décennies, une année sur deux ans, en moyenne, a été marquée par la sécheresse, contre une année de sécheresse sur 11 au début du siècle dernier, et une année sur 7 dans les années 1960.

Avec 15 pour cent du PIB et 40 pour cent des emplois, le secteur agricole au Maroc reste particulièrement volatile et tributaire des conditions climatiques. De fait, seulement 15 pour cent des terres dans le pays sont irriguées. Presque les trois quarts des terres arables sont consacrées à la culture de céréales et la grande majorité des agriculteurs disposent de terrains d’une faible superficie. En effet, sept agriculteurs sur dix n'ont pas plus de 2,1 ha de terre et souffrent des sécheresses répétitives en absence de mécanismes de protection qui répondent à leurs besoins et adaptés à leurs moyens.

Les agriculteurs marocains, en fonction de leur catégorie, adoptent diverses stratégies pour faire face à la sécheresse. Pour les familles les plus aisées, la stratégie s’appuie, à côté des subventions versées par l'Etat, sur l’utilisation des stocks de céréales et la vente du «petit bétail» tel que les moutons et les chèvres. En revanche, les familles pauvres sont souvent contraintes à chercher du travail en dehors de la ferme et à s’endetter. Elles peuvent parfois vendre tout leur bétail et louer leurs terres. Or, cette dernière stratégie s'avère souvent pénalisante et empêche les familles pauvres d'améliorer leur situation financière. La cession de leurs actifs pendant les années sécheresse affecte leur productivité y compris durant les bonnes saisons agricole et les fait basculer dans un cercle vicieux de la pauvreté.

Le recul attendu de la contribution du secteur agricole à la croissance au Maroc aurait des conséquences à la fois économiques et sociales. La sécheresse affecte directement le niveau de production céréalière qui constitue l'ingrédient principal dans l'alimentation des familles marocaines, en particulier celles à revenu moyen et faible. Le recours à l’importation pour répondre à la demande de consommation aggraverait le déficit commercial qui a déjà atteint des niveaux record ces dernières années, et le tarissement des réserves en devises ne couvrent plus que moins de cinq mois d'importation, contre neuf mois il y a deux ans.

Compte tenu de la hausse des cours mondiaux de cette denrée de base, l'Etat se verrait contraint d'augmenter le budget alloué aux subventions, afin d'éviter de miner le pouvoir d'achat des citoyens. Une telle mesure creuserait davantage le déficit budgétaire qui a excédé la barre de 7 pour cent au cours de l'année écoulée. Les niveaux élevés des prix du pétrole sur les marchés mondiaux rendent ce scénario encore plus probable, d’autant plus que la préparation du budget s’est basée sur la moyenne de 95 USD le baril, tandis que le prix actuel dépasse 105 USD.

La politique agricole des gouvernements précédents assume en grande partie la responsabilité des effets de la sécheresse sur le revenu des agriculteurs et sur l'économie nationale. Pendant de longues décennies, le gouvernement s’est obstiné à mettre en œuvre des programmes d’urgence coûteux dans le but d’atténuer l'impact de la sécheresse, sans aucune politique réfléchie pour réduire la vulnérabilité du secteur agricole et son degré d'exposition aux risques climatiques.

Bien que la sécheresse au Maroc soit un phénomène structurel qui requiert une vision et une planification à moyen et long termes, les gouvernements successifs se sont cantonnés dans des mesures partielles appliquées dans l’urgence sans aucune évaluation. Aujourd’hui, le gouvernement marocain accorde plusieurs incitations afin de mettre en valeur des terres agricoles, acquérir des équipements agricoles et promouvoir les produits agricoles à haute valeur ajoutée. Il accorde également des aides à l'exportation des fruits, légumes, fleurs et plantes ornementales. Le montant total des aides agricoles dans le budget général de l'Etat a atteint l’équivalent de 200 millions de dollars. Toutefois, l’essentiel des incitations profite aux grands agriculteurs, sachant que les profits agricoles sont complètement exonérés d’impôts depuis le début des années quatre vingt.

Afin d’augmenter, de manière durable, la cadence de la croissance économique, le gouvernement conduit par le PJD doit mettre en place une politique agricole alternative. Une telle politique doit s’inscrire dans une stratégie globale qui recherche à la fois la sécurité alimentaire du pays, l’équité dans l’allocation des aides de l’Etat et la prise en compte les intérêts des petits agriculteurs. Une telle stratégie doit obligatoirement considérer la sécheresse et la pénurie d'eau comme des données structurelles et permanentes de l’économie marocaine.

Cet article a été originellement publié dans Les Echos.

Lahcen Achy
Former Nonresident Senior Associate, Middle East Center
Lahcen Achy
EconomyMaghreb

Carnegie ne prend pas de positions institutionnelles sur les questions de politique publique ; les points de vue exprimés ici sont ceux de l'auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Carnegie, de son personnel ou de ses administrateurs.

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Carnegie Endowment for International Peace
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