Carnegie Endowment for International PeaceCarnegie Endowment for International Peace
  • Faire un don
{
  "authors": [
    "Shahram Chubin"
  ],
  "type": "legacyinthemedia",
  "centerAffiliationAll": "",
  "centers": [
    "Carnegie Endowment for International Peace",
    "Carnegie Europe"
  ],
  "collections": [],
  "englishNewsletterAll": "",
  "nonEnglishNewsletterAll": "",
  "primaryCenter": "Carnegie Endowment for International Peace",
  "programAffiliation": "",
  "programs": [],
  "projects": [],
  "regions": [
    "North America",
    "United States"
  ],
  "topics": [
    "Political Reform",
    "Foreign Policy"
  ]
}

Source: Getty

Dans les médias

Les Succès Internationaux d’Obama Compteront Peu

Le chômage et les salaires sont les préoccupations principales des Américains à l’approche des élections de mi-mandat.

Link Copied
Par Shahram Chubin
Publié le 28 oct. 2010

Source: Le Temps

Les Succès Internationaux d’Obama Compteront PeuLe monde a beaucoup changé ces deux dernières années. Les pays asiatiques continuent à «émerger», et des puissances moyennes comme le Brésil et la Turquie se joignent au peloton. L’Union européenne, qui s’est trop agrandie et étale ses divisions, stagne. En réponse à la récession économique, on assiste à une renationalisation et à un regain des rivalités entre Etats. Les partis de droite dure, qui se focalisent sur l’immigration, montent en puissance en Suisse, en Hollande, au Danemark, notamment. La rigueur de la crise aggrave ces phénomènes et risque d’augmenter le mécontentement. Nous sommes face à des risques de guerre monétaire et commerciale, de protectionnisme et de nationalisme économique qui noircissent les perspectives de reprise économique.

Par ailleurs, la poursuite de la saga des ambitions nucléaires de l’Iran et deux guerres en Irak et en Afghanistan aggravent la situation. Al-Qaida semble avoir été affaibli, mais le djihadisme est encore bien vivant et menace l’Europe et les Etats-Unis. La Grande-Bretagne a identifié le terrorisme comme une menace plus grande que la prolifération nucléaire, tandis que les changements climatiques passent du statut de priorité à celui de problème.

Malgré tout cela, le président Obama et les démocrates (qui sont d’ordinaire présentés comme faibles et vulnérables en politique étrangère) affrontent les élections du «midterm» avec un programme dans lequel la politique étrangère est à peine abordée.

Cela peut se comprendre: les électeurs considèrent que le chômage et le niveau des salaires sont des priorités, surtout dans cette période d’incertitude. Ils sont un peu fatigués par les guerres, malgré le fait que ce qui reste de l’entente bipartisane reste présent sur le front de l’Irak et de l’Afghanistan. Peu de gens sont prêts à accepter de nouveaux imbroglios militaires, avec le coût financier que cela implique.

Les républicains et le Tea Party ne mettent pas non plus l’accent sur la politique étrangère. D’ailleurs le Tea Party n’a pas une politique étrangère définissable. Ses candidats expriment des convictions allant de l’isolationnisme à un unilatéralisme
farouche.

Les deux seules préoccupations de politique «étrangère» durant cette campagne ont été l’immigration et les changements climatiques. Sur le deuxième sujet, une vague de scepticisme rend ce thème électoralement peu payant, et il ne faut pas s’attendre à des inflexions politiques dans ce domaine. Sur l’immigration, sujet sur lequel Obama a fait des promesses durant sa campagne présidentielle, il n’y a eu aucune avancée, ce qui a affaibli le soutien que les Hispaniques lui ont apporté. Parallèlement, l’Arizona a adopté une législation qui ressemble aux revendications des groupements européens anti-immigration. Le sujet suscite la discorde. Il s’avère politiquement chargé d’émotions et se heurte à des impasses.

C’est en politique intérieure que les démocrates sont faibles. Barack Obama est accusé d’avoir de mauvaises priorités (le système de santé plutôt que l’emploi et l’économie), de manquer de leadership (en raison de sa propension à laisser au Congrès le soin de fixer les détails de réformes législatives importantes, comme le système de santé ou les réformes du système financier). Certains (surtout les républicains) le trouvent trop à gauche. D’autres (principalement ses propres troupes) estiment qu’il gouverne trop au centre. La poursuite de la politique de son prédécesseur face à la crise financière est maintenant considérée par ses adversaires comme un renflouement inadmissible plutôt que comme une tentative prudente d’éviter une récession plus grave. En essayant de concilier les intérêts de Wall Street et ceux des gens de la rue, il s’est mis tout le monde à dos.

Dans le climat actuel, les résultats positifs du président en politique étrangère ne comptent donc pas pour beaucoup. Il a réactivé et amélioré les relations avec la Russie, tout en tendant la main au monde musulman. Il s’est efforcé de réduire le poids des armes nucléaires. Il a mis de l’huile dans les relations avec l’Europe (même si les Européens lui reprochent de ne pas être très intéressé par leur continent). Il a misé sur l’ONU pour affronter l’Iran, estimant que la pression internationale a plus d’effets sur la République islamique que l’isolement et les menaces. Il a remis en marche le processus de paix entre Israël et les Palestiniens, après la négligence dommageable de son prédécesseur. Il a mis l’accent sur la coopération au sein des organisations internationales plutôt que de vouloir les affronter.

Dans tous ces domaines de politique étrangère, l’administration Obama s’est efforcée de réparer les dégâts de la précédente (comme en politique intérieure où il s’est s’attaqué au déficit budgétaire et aux baisses d’impôts pour les super-riches). En cherchant une voie centriste, l’administration s’est peut-être surestimée, comme dans le cas de l’Afghanistan. Dépeindre cette guerre comme une nécessité (au contraire de celle d’Irak qui aurait été motivée par un simple choix) a peut-être été une bonne tactique électorale, mais cela s’est avéré une mauvaise stratégie. Etant donné la perception d’un Parti démocrate faible en politique de sécurité, Obama ne pouvait pas se permettre de mettre fin à deux guerres. Mais, en ne le faisant pas et en adoptant une stratégie d’escalade, le président a fait de l’Afghanistan «sa» guerre. Or, on ne voit pas comment celle-ci peut être gagnée.

La principale critique faite à la politique étrangère de Barack Obama ne vient pas du public, mais des experts. Ils reprochent au président d’ouvrir trop de fronts, sans fixer des priorités et sans définir une vision stratégique. Cela est peut-être dû au
fait que la Maison-Blanche fourmille de juristes qui sont des gestionnaires plutôt que des stratèges. Mais cela peut avoir des avantages.

Quoi qu’il en soit, donc, Obama sera jugé sur sa gestion des enjeux intérieurs. Mais, si les élections aboutissent à un blocage du Congrès, cela pourrait conduire le président à se concentrer davantage sur les affaires étrangères, tout en rendant ses opposants responsables des impasses en politique intérieure. Mais un autre scénario verrait Obama tellement absorbé par la politique intérieure qu’il n’aurait pas suffisamment de capital politique pour se concentrer sur les enjeux critiques de politique étrangère, qui nécessitent un engagement personnel de sa part.

En fait, le président ne sera probablement pas en position de choisir, car les problèmes internationaux, apparaissant souvent sous forme de crises, et apportant leur lot de défis récurrents ou imprévisibles, sont une constante de la politique étrangère. Obama n’aura pas d’autre choix que de les empoigner, malgré ses préoccupations nationales plutôt qu’à cause d’elles.

À propos de l'auteur

Shahram Chubin

Chercheur Associe Non-resident, Programme de politique nucleaire

Les recherches de Chubin, qui est basé à Genève, se concentrent sur la non-prolifération, le terrorisme, et la sécurité au Moyen-Orient. Entre 1996 et 2009 il était Directeur des études au Centre de Politique de Sécurité à Genève en Suisse.

    Travaux récents

  • Dans les médias
    L’Iran et l’Occident, sourds l’un envers l’autre

      Shahram Chubin

  • Dans les médias
    La Révolution du Caire est un Sérieux Avertissement pour les Mollahs

      Shahram Chubin

Shahram Chubin
Chercheur Associe Non-resident, Programme de politique nucleaire
Political ReformForeign PolicyNorth AmericaUnited States

Carnegie ne prend pas de positions institutionnelles sur les questions de politique publique ; les points de vue exprimés ici sont ceux de l'auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Carnegie, de son personnel ou de ses administrateurs.

Plus de travaux de Carnegie Europe

  • Commentaire
    La politique européenne devrait être pensée par les citoyens

    La réforme de l’UE nécessite nouvelles voix et un processus participatif permanent pour les citoyens.

  • Commentaire
    Bulletin de la réforme ukrainienne : octobre 2017

    La consolidation du pouvoir du président Porochenko – et l'opposition qu'elle rencontre – donne le ton pour les prochaines élections ukrainiennes de 2019. Cependant, les travaux de réforme progressent, même si à un rythme modéré.

      Ukraine Reform Monitor Team

  • Document
    Tirer parti de la transition tunisienne: le rôle d’une réforme profondément ancrée

    Pour que les efforts réformateurs de la Tunisie soient couronnés de succès, une approche partant du bas pour aller vers le haut doit également être adoptée.

  • Document
    Entre Dangers et Promesses: Un nouveau Partenariat-cadre avec la Tunisie

    Cinq ans après la révolution, les difficultés internes et les troubles régionaux continuent de handicaper la Tunisie en mettant en danger sa transition démocratique.

  • Commentaire
    Pourquoi faut-il se soucier de la corruption

    Nombre de crises qui accablent aujourd’hui le monde ne pourront être résolues qu’à condition d’accorder une attention particulière à la lutte contre la corruption.

Carnegie Endowment for International Peace
0